Un jour sans fin est un film américain sorti en 1993. Un présentateur météo, Phil, doit couvrir le traditionnel jour de la marmotte dans une petite ville en plein hiver. Il se retrouve enfermé dans une boucle temporelle l’obligeant à revivre cette journée. Il est accompagné notamment de Rita.
Un jour sans fin est désormais considéré par de nombreux critiques et journalistes comme l’un des meilleurs films de tous les temps. Malgré un succès commercial relatif, il reste une comédie célèbre et souvent mentionnée.
Phil découvre que cette journée de la marmotte du 2 février, qu’il déteste tant car au cœur de l’hiver dans un petit bled de campagne, se répète. Il passe par différentes phases : la surprise, puis la colère, le désespoir, la résignation, la tentative de compréhension, puis enfin l’amour et l’accomplissement. Ces différentes phases correspondent à l’évolution de la conscience humaine face à l’absurdité et la frustration de la répétition et du non sens.
Car ce scénario de boucle temporelle est bien connu dans différentes traditions religieuses : il rappelle le Samsara ; le cycle des vies successives dans les religions orientales. Le christianisme primitif incluait également la notion de réincarnation. Le Samsara quand à lui est particulièrement utilisé pour évoquer les cycles des vies, des morts et des renaissances qui se suivent et se répètent jusqu’à ce que l’adepte puisse atteindre la libération, et donc sortir de ce cycle. Le but est donc de se rendre compte de son emprisonnement dans la matrice à travers son incarnation, et pouvoir s’en libérer. Comment ? Par l’accomplissement et la réalisation individuelle en se mettant au service. Et c’est justement l’angle abordé dans le film.
Tout d’abord le contexte général du lieu : un village perdu, en plein hiver. Ceci peut évoquer l’incarnation de l’âme dans la matière : un milieu hostile, étranger et froid pour l’âme qui était auparavant libre dans les mondes spirituels. L’incarnation dans la matière est souvent représentée comme douloureuse, limitative. Tout se cristallise, tout se heurte à la densité et la dualité de la matière. Un blizzard empêche l’équipe de pouvoir rentrer chez eux, et donc ils se résignent à retourner dans la ville pour y passer une nouvelle nuit. Selon différents enseignements religieux et spirituels, entre la matière et le monde divin absolu se dresse un monde hostile empêchant tout retour direct et facile possible.
Passé l’effet de surprise, et réalisant que ses actions n’ont aucune implication car il se réveille toujours le lendemain dans son lit le même jour ; le héros du film Phil va traverser différents états de conscience. Il va d’abord traverser son ombre en réalisant ses fantasmes : il enchaîne une relation d’un soir et commet des vols, des provocations, des méfaits. Puis dans une fuite en avant de la négativité, il va commettre des suicides. Ensuite il va tenter de séduire sa collègue Rita, qui ne va cesser de repousser ses avances malgré ses nombreuses tentatives toujours enrichies de ses expériences, de ses connaissances.
Le désespoir est de mise, le sentiment d’enfermement et d’impuissance règnent. « un hiver froid, ce sera toute votre vie! ». Cet état d’esprit nous frappe tôt ou tard dans notre vie, lorsque nous réalisons notre condition de simple mortel. Le fait que Rita repousse ses avances, alors que ses sentiments pour elle ne font que grandir, peut symboliser toute la relation entre l’esprit et la matière. Car dans les anciens enseignements, l’homme et la femme représentaient l’esprit et la matière. Les gens, n’ayant pas de capacités d’abstraction, ne pouvaient pas se représenter des concepts abstraits comme l’esprit. Les enseignements utilisaient des allégories et des symboles pour faire passer des messages. Rita repousse ses avances, malgré toutes ses tentatives pour la séduite, car la matière repousse l’esprit. Tant qu’ils ne sont pas harmonisés, la matière va toujours agir comme un mur de frustrations, de résistance, d’épreuves.
Phil se prend pour un dieu. Mais son incapacité a pouvoir sauver un homme âgé, malgré ses nombreuses tentatives, lui font prendre conscience de ses limitations, le poussent néanmoins à l’humilité.
Puis vient un moment de bascule dans le film. Rita explique à Phil l’importance de la vie. Phil va alors brusquement changer : il va commencer à apprendre la poésie. Non pour tenter de séduire Rita, mais pour se mettre sincèrement au service de la communauté. Il apprend le piano, la sculpture sur glace. Et va se servir de la connaissance de chaque personne de la ville pour les aider. Passé l’incompréhension, la frustration, la colère, le désespoir, voici ensuite venir le temps de la transcendance : surmonter, apprendre, se réaliser à travers l’aide. Et s’accomplir.
Chaque journée passée devient une étape de plus vers sa propre perfection, son propre sommet. Il se perfectionne dans les arts, dans le service aux autres. De manière sincère et gratuite. La dernière journée devient alors son accomplissement comme celui des autres : tous les gens qu’il aide sont transformés. Rita en revient à acclamer : « c’est la plus belle journée de ma vie! ». Il triomphe tout en étant détaché, et finit par passer la nuit avec Rita. Puis au moment du réveil, il réalise qu’il est le 3 février. Il a pu enfin se libérer de la boucle temporelle. L’accomplissement accomplit l’union de l’esprit avec la matière, cette dernière se laisse pénétrer et féconder par l’esprit. Les cycles du Samsara sont brisés, l’âme réalisée se libère.
Dans la dernière scène, Phil déclare à Rita vouloir s’installer dans la ville. Puis de rajouter : »on va d’abord louer ». Le triomphe sur la matière, l’accomplissement, rend le monde soudainement plus familier et facile. Mais il n’en demeure pas moins étranger au royaume de l’esprit.
La page wikipédia du film consacre plusieurs paragraphes sur les aspects philosophiques et spirituels du film : https://fr.wikipedia.org/wiki/Un_jour_sans_fin